De l’essence de l’art pour Pernod Ricard

Dès ses débuts, mon père Paul, partant à la conquête de son marché, avait imaginé comment les créateurs de l’époque pouvaient contribuer à embellir et donner un contenu de convivialité à son offre. Il hébergeait même les artistes dans sa propre maison !

Avant même la constitution du Groupe, Pernod aussi était également très imprégnée d’une culture artistique : en faisant réaliser ses affiches publicitaires par des créateurs contemporains, ou encore en confiant l’architecture de sa pyramide inversée à Jean Willerval.

Toutefois, le véritable point de départ de notre mécénat, fut l’acquisition de la célèbre toile de Dali, « La pêche au thon ». A partir de là, tout s’est enchaîné par la création d’une fondation, aujourd’hui, la Fondation Ricard, fer de lance de nos actions culturelles en France et à l’étranger.

Nous avons compris, en précurseurs sûrement, qu’au-delà de la grande ouverture que nous donnait ces créateurs à leur monde, leur racine et leur culture, l’art contemporain a favorisé, de façon profonde, les échanges entre nos équipes et notre réseau, à l’image de nos produits et nos valeurs de convivialité.

Depuis la fusion de Pernod et Ricard, en 1975, nous avons annuellement illustré cette démarche sur les supports de communication et lors de l’Assemblée Générale. Tous les ans, nous avons choisi un créateur contemporain, afin de porter les messages annuels du Groupe : par exemple, Victor Alimpiev sur l’exercice 2009/2010, autour de l’année culturelle franco-russe ; bien d’autres encore, tous issus de pays  dans lesquels nous nous investissons particulièrement.

Certaines dates anniversaires ont donné lieu à des œuvres plus emblématiques : de l’art cynétique d’Yvaral en passant par une compression de César jusqu’à l’œuvre réalisée à 4 mains par 4 artistes de nationalités différentes à l’occasion des 30 ans du Groupe.

L’art, sous de nombreuses formes, fait aujourd’hui parti de nos gênes, de nos racines, il en est essentiel.

Patrick Ricard

Par Artbis | POINTS DE VUE | 23/04/2010 08h41 | 616 vues | 0 commentaire

Coup de pub ou coup de pouce Ă  l’art contemporain?

L’exposition « McDo vu par » s’est installĂ©e dans la salle des Pas Perdus de la Gare St-Lazare du 4 au 17 janvier 1999. Coup de pub ou coup de pouce Ă  l’art contemporain?

Jouer avec les paradoxes, les différences et les a priori pour surprendre et interpeller.
Interpeller sans cibler et exposer sans « segmenter » une expression artistique habituellement rĂ©servĂ©e Ă  une Ă©lite. Pari osĂ© et rendu possible grâce Ă  un partenariat inĂ©dit entre la SNCF, McDonald’s et des artistes**.
Si « le train ne vaut que s’il est partagĂ© par tous », que dire de l’art et plus particulièrement de l’art contemporain?
Plus de 200 000 personnes traversent chaque jour la salle des Pas Perdus de la gare St Lazare.
Peut-ĂŞtre la rencontre du service public, d’une marque très grand public et du talent d’artistes renommĂ©s a-t-elle permis, l’espace d’un moment, de faire que ces pas perdus ne le soient plus complètement.
La gare vĂ©cue non plus seulement comme un espace marchand de transit, de stress et d’indiffĂ©rence mais aussi comme un lieu de rĂ©flexion, de culture et de vie…
Cette gare-lĂ , c’est tout ce que j’aime.

Denis Hennequin, PrĂ©sident de McDonald’s Europe

* De la Gare Saint Lazare à Canal +, une opération très médiatique réalisée dans un but caritatif : les oeuvres ont été vendues aux enchères au profit de la Fondation Ronald McDonald et des Maisons des Parents Ronald, qui permettent aux parents de rester proches de leurs enfants à l’hôpital.

** 13 créateurs contemporains de notoriété et de culture française : Hilton McConnico, Andrée Putman, Fabrice Hyber, Hervé Télémaque, Richard Di Rosa, Louis Cane, Floc’h, André François, Fabrice Mesnager, Fédérica Matta, Miguel Chevalier, William Klein, François Boisrond.

Par Artbis | POINTS DE VUE | 12/04/2010 12h30 | 411 vues | 0 commentaire

Lettre ouverte aux journalistes

L’art n’intéresserait-il plus, ni les entreprises, ni leur salariés et donc encore moins les journalistes de la presse « entreprise » par effet de ricochet?

Nous avons été interloqués de la réaction de plusieurs agences de relations presse. Nous les avions sollicitées pour nous aider à diffuser notre message de sensibilisation sur la richesse de la rencontre entre les créateurs contemporains et les collaborateurs des entreprises. Et nous avons essuyé un refus quasi unanime. Peur de se planter, conformisme, fatalisme ? L’origine de cette attitude pour le moins consensuelle est un mystère pour nous, peu familiers des RP. Une hypothèse plausible reste la difficulté chronique que posent en France ceux qui ne rentrent pas docilement dans une case bien définie. Parler de l’art contemporain dans les rubriques Management ou Communication, quelle idée ! Pourquoi ne pas rester bien sagement dans les pages Culture ? Pourquoi ne pas s’adresser aux journalistes familiers des vernissages ?

L’un des arguments avancés est que les salariés ne sont préoccupés que par leurs conditions de travail. Et que les journalistes se mettent au diapason des préoccupations de leurs lecteurs. Cela paraît effectivement naturel. Cet argument est apparemment corroboré par quelques études sérieuses récemment publiées, selon lesquelles les lecteurs français sont préoccupés en premier lieu par leur salaire, suivi assez vite par les éléments liés à la charge de travail et par voie de conséquence, à la motivation, qui brille par son absence. La conjoncture est malheureusement passée par là !

Conjoncture, vous avez dit conjoncture ? Sommes-nous confrontés à une crise, par définition conjoncturelle, ou bien à une mutation profonde et durable de notre modèle économique et social? Dans ce dernier cas, faudra t-il se passer durablement de la culture au sein de l’entreprise, alors que seule la culture peut nous donner le souffle, l’appel d’air nécessaire pour évoluer ? Nous sommes, en effet, profondément convaincus de la pertinence de l’art contemporain dans l’entreprise, SURTOUT en temps de crise et encore plus sûrement dans la perspective de réinventer un modèle plus humain. L’art contemporain ouvre les cerveaux. Par sa présence dans l’entreprise, sa confrontation avec les hommes et les femmes, il prépare à la nouveauté, ouvre les esprits, change les points de vue : un souffle d’air frais pour l’entreprise, dans une compétition internationale ou nationale féroce, cela fait la différence !

Alors, nous entendons déjà les esprits englués de conservatisme et de « réponses toutes faites » nous dire  que « cela prend du temps », que « l’entreprise n’a ni le temps, ni les moyens », que « le sujet n’est pas prioritaire », que le bien-être et le bien vivre ensemble des collaborateurs est « une cerise sur le gâteau », bref se débarrasser du sujet. Nous vous épargnerons le chapitre « bateau » sur le thème que des collaborateurs bien dans leur peau, reconnus et valorisés sont plus productifs, travaillent plus et mieux. C’est l’évidence que dans un environnement de travail ergonomique, éthique et responsable. Nous avons des dizaines d’exemples à vous exposer sur notre historique d’agence.

Mais revenons Ă  nos amis les journalistes.

Un sujet de crĂ©ation contemporaine dans un journal d’économie n’ y a-t-il pas toute sa place, autrement qu’en parlant du sujet rabat-joie du mĂ©cĂ©nat en France ? Le dĂ©bat d’idĂ©es, l’échange pour faire rĂ©agir les lecteurs, n’est-il pas aussi une façon de participer Ă  la vie Ă©conomique ?

Peut-on être un bon manager sans s’intéresser à la culture ? Pas l’exposition à la mode évidemment, mais celle qui donne du sens, qui provoque le point de vue : la création contemporaine pour intéresser, pour rentrer dans les sujets, pour offrir un point de vue décalé.

Voici donc une  proposition unique et honnête. Il faudra un peu de courage de votre part; du courage, pas de l’inconscience ! Accueillez-nous dans vos pages entreprises  avec :

  • Un espace pour Ă©crire un texte et installer une image,
  • Un sujet en lien avec votre actualitĂ© principale (le dĂ©veloppement d’un nouveau moteur, le lancement de l’Ipad, la chute des cours de telle matière première, etc.)

et nous vous offrirons en retour un point de vue original, pertinent, rafraîchissant. C’est une promesse !

Matthieu Jacquillat et  Catherine Woreczek

Par Artbis | POINTS DE VUE | 09/04/2010 08h02 | 403 vues | 0 commentaire

Femmes, crĂ©atrices, collaboratrices…

Des voix de femmes se sont exprimĂ©es pour dĂ©noncer la faible reprĂ©sentation des femmes dans l’exposition la Force de l’Art 02 en 2009 au Grand Palais et dans les collections publiques en gĂ©nĂ©ral. (Voir l’article paru dans Exporevue). Pour corriger les dĂ©sĂ©quilibres, la discrimination positive est souvent la rĂ©ponse adoptĂ©e. La solution pragmatique consiste Ă  mettre en place des quotas pour reprĂ©senter les minoritĂ©s discriminĂ©es. Quand le Centre Pompidou dĂ©cide de corriger le tir de la sous-reprĂ©sentation des crĂ©atrices dans l’exposition  de sa collection permanente, il adopte la logique du 100% avec l’exposition thĂ©matique  elles@centrepompidou . (27 mai 2009 – 21 fĂ©vrier 2011). Mais, considĂ©rer les femmes comme une minoritĂ© Ă  promouvoir est au mieux une façon de supprimer les symptĂ´mes, certainement pas de soigner le mal.

Agnès Thurnauer
Portraits Grandeur Nature, 2007-2009 RĂ©sine et peinture Ă©poxy – Diam : 120 cm Jnf Productions © ADAGP, Paris, 2009

La question de la reprĂ©sentation pose intrinsèquement celle de la valeur. La place des femmes dans la crĂ©ation contemporaine est extrĂŞmement corrĂ©lĂ©e Ă  celles des femmes dans l’entreprise, puisqu’il s’agit d’un phĂ©nomène sociĂ©tal profond. Le travail des femmes aurait-il moins de valeur que celui des hommes ?

Cette valeur semble plus facile Ă  apprĂ©hender dans le cadre de l’entreprise que dans celui de l’art contemporain, car elle est mĂ©caniquement associĂ©e Ă  la notion de performance. La performance a cependant deux facettes. La performance factuelle d’un individu, objectivĂ©e, quantifiĂ©e, mesurĂ©e par une batterie de critères. Et la performance potentielle, anticipation, projection, Ă©valuation qualitative et subjective de la valeur future du travail de ce mĂŞme individu. Sur ce deuxième aspect, la crĂ©atrice et la collaboratrice partagent le fait que leur valeur potentielle est en permanence soumise Ă  Ă©valuation. Et la discrimination Ă©ventuelle s’engouffre aisĂ©ment, la plupart du temps de façon inconsciente, parfois volontairement, quand il s’agit d’Ă©valuer le potentiel d’une personne. Le risque minimal est privilĂ©giĂ©. Il est donc sĂ©curisant de construire l’avenir en regardant dans un rĂ©troviseur, de se rĂ©-assurer en reproduisant les schĂ©mas sociaux qui nous ont en partie conditionnĂ©s. Mais, promouvoir les femmes est-il vraiment plus risquĂ© ?

J’en doute. Et, quand bien mĂŞme ce serait le cas, que nous apprend l’artiste?  L’importance du non-quantifiable, de la prise de risque, de la subjectivitĂ©, de la diversitĂ©. Ces notions, si elles ne sont pas parfaitement rassurantes, sont nĂ©anmoins essentielles pour la performance collective. Il faut entendre par performance collective cette facultĂ© des organisations Ă  devenir « apprenantes », Ă  s’adapter Ă  de nouveaux contextes, Ă  se remettre en cause, Ă  crĂ©er des dynamiques d’ouverture, Ă  penser hors cadre, Ă  innover, Ă  intĂ©grer les idĂ©es et les cultures. Et les penseurs de la complexitĂ© de dĂ©montrer brillamment que nous sommes parties intĂ©grantes d’un Ă©cosystème, que la sociĂ©tĂ© et l’entreprise sont des Ă©cosystèmes. La valeur trouve sa source dans la complĂ©mentaritĂ© et les interactions entre de multiples parties prenantes et de multiples individus aux parcours et aux sensibilitĂ©s variĂ©s, hommes et femmes!

Catherine Woreczek

Par Artbis | POINTS DE VUE | 22/03/2010 18h00 | 691 vues | 1 commentaire

Il Ă©tait une fois… le chemin

Prenons de la hauteur, plaçons nous sur l’Ă©chelle du temps et les choses ne nous paraissent plus les mĂŞmes. Certaines dĂ©cisions, que nous avons prises dans nos vies, parfois de façon irrationnelle, parfois de façon impulsive, ne se rĂ©vèlent finalement que des Ă©pisodes ponctuels ou anecdotiques au regard du chemin que la vie nous a incitĂ©s Ă  prendre. La comparaison avec l’univers artistique me paraĂ®t intĂ©ressante, surtout dans le contexte des dernières dĂ©cennies, caractĂ©risĂ© par l’accĂ©lĂ©ration fulgurante liĂ©e Ă  la mondialisation et Ă  la numĂ©risation des Ă©changes.

J’ai repris Arts Affaires de mon père, en 1992, avec la motivation de dĂ©velopper la petite entreprise qu’il avait créée en 1968, en parallèle de sa carrière professionnelle. Et me voilĂ , presque 20 ans plus tard,  un acteur significatif du marchĂ© de l’art contemporain pour l’entreprise. Lors d’un rĂ©cent dĂ©mĂ©nagement de l’entrepĂ´t abritant notre collection d’Ĺ“uvres (des milliers ont Ă©tĂ© collectionnĂ©es depuis l’origine), quelle ne fut pas ma surprise de retomber sur une Ă©norme collection d’ouvrages d’art, que le temps ne nous avait probablement pas permis de ranger ! Je les connaissais presque tous, les artistes de ces catalogues d’exposition ou de ces monographies. Ils avaient Ă©tĂ© mes premiers dĂ©buts, et c’est avec ce petit pincement lĂ , celui du temps qui passe, que je les consultais. A ma stupĂ©faction, 20 ans après, la quasi-totalitĂ© des artistes reprĂ©sentĂ©s n’avaient presque plus de place dans l’actualitĂ© artistique. Disparus de la circulation, disparus du champ artistique, anĂ©antis par une nouvelle gĂ©nĂ©ration ou par d’autres phĂ©nomènes de mode,  devenus des « has-been ». Ils Ă©taient pourtant de bonne qualitĂ© Ă  l’Ă©poque; les voilĂ  hors du marchĂ©, du chemin temporel, de l’art contemporain!

De la folie artistique de ces 10 dernières annĂ©es – « plus c’est grand, plus c’est cher, plus c’est beau » – que restera-t-il dans 20 ans ? J’aime beaucoup, par exemple, l’Ĺ“uvre frappante de Daniel Firman, l’Ă©lĂ©phanteau « WĂĽrsa », mais ne sait que penser du projet de Jeff Koons Ă  27 millions de dollars : suspendre au bout d’une grue une reproduction de la fameuse locomotive Baldwin ! Une belle opĂ©ration mĂ©diatique pour le Los Angeles County Museum of Art ? Une provocation de plus qui n’irait pas dans le sens de l’histoire ?

Poursuivre le chemin de l’art contemporain est une belle aventure, sensible et humaine, mais difficile et semĂ©e d’embĂ»ches. C’est sous l’angle du chemin qu’ Arts Affaires considère son engagement artistique : donner du sens, poursuivre une logique, gagner les esprits et les ouvrir pas Ă  pas, marquer les publics, dĂ©montrer son engagement et sa fidĂ©litĂ© Ă  l’égard de ses collaborateurs et clients.

Matthieu Jacquillat

Par Artbis | POINTS DE VUE | 05/03/2010 11h02 | 472 vues | 1 commentaire