Tu la veux ma main?

Ecrire, geste ancestral qui a fait de nous une partie de ce que nous sommes devenus, notamment par la trace et la mémoire laissés sur le papier, écrire avec sa main serait-il en train de disparaître de notre monde ?

Notre société nous conduit plus que jamais à nous faciliter la vie et cela, nous savons l’apprécier. L’automatisme de la vie courante nous libère de tout effort. Et les artistes, du moins les plus jeunes, en profitent pour se « technologiser », passant de l’ordinateur et de sa souris, directement à l’œuvre d’art, laissant le soin à leurs « ouvriers » de fabriquer leurs œuvres. Vaste débat, sur lequel je ne prendrai pas partie ici.

Néanmoins, dans cette ascension vers un monde vers plus de paresse, de « tout cuit », de « j’appuie sur un bouton et ça marche », il reste encore quelques rares créateurs, qui forcent mon admiration artistique : les graveurs.

Depuis la fin du 15ème siècle avec notamment le célèbre Albrecht Dürer et bien d’autres encore, moins reconnus, quelques siècles auparavant, la technique de la gravure a été attaquée de toute part : tout d’abord, par la lithographie et ses dérives quantitatives néfastes pour le marché de l’art, plus récemment par l’impression quadrichromique, qui sème le doute chez certains, peu connaisseurs, puis ces dernières années par les techniques remarquables du jet d’encre. La gravure a du souci à se faire. Et pourtant elle est toujours là.

Une discipline à part entière:

Devant certains de nos clients,  face aux gravures contemporaines de collection installées sur leurs murs, souvent sans vitre, à même la « peau », qu’elle n’est pas notre joie de discuter autour de la matière, des volumes, des couleurs vives et de l’histoire de ces bas-reliefs! On a envie de les toucher, presque de les goûter, et de se perdre dans leurs dédales de sillons, de couleurs et de lumières. L’apport de papiers extraordinaires nous donne encore l’illusion d’une profonde proximité avec un élément naturel, écologique.


Gravures de Lionel chez Marsh
“Mozart” et “Rimbaud”

Qu’avez-vous fait de l’homme ?

Tout ce travail, toute cette maîtrise technique ne se sont pas faits touts seuls. L’artiste, aux talents de sculpteur, de dessinateur et d’artisan à la fois, a mis parfois des heures à tailler et creuser au burin sa plaque, à respirer des acides attaquant le cuivre, à tester sa presse à la force de ses bras, pour que son subtil encrage permette le résultat désiré. Combien de feuilles a-t-il fallu détruire pour arriver à finaliser une série d’une trentaine de pièces maximum , chiffre fatidique à partir duquel, l’outil décide d’arrêter là.

BIMICH

L’expression taille-douce désigne le procédé d’impression des gravures sur cuivre, zinc ou acier.
Le métal est gravé directement avec un outil (burin, pointe sèche…) ou à l’acide (eau-forte, aquatinte). La plaque gravée est encrée puis essuyée afin de ne laisser l’encre que dans les tailles (creux laissés dans le métal par l’outil). Les épreuves sont ensuite imprimées en posant une feuille de papier humide sur la plaque, elle-même positionnée sur une presse ; la pression entraîne le report de l’encre sur le papier. Un nouvel encrage est nécessaire pour chaque épreuve.

C’est cet homme que j’admire, car il continue inlassablement son travail, dans le respect de codes traditionnels historiques, mais aussi avec la modernité de son style. Il met la main à la pâte, laissant pour notre plaisir, entrevoir la force et la fragilité de son art, la finesse et la précision de ses traits, la présence et luminosité de ses couleurs. Sans bruit, laissons nous transporter un instant dans les profondeurs de sa planche.

Prenons soin de nous, à l’image de la proposition faite par Sophie Calle, en 2007.

Matthieu Jacquillat

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Par Artbis | POINTS DE VUE | 11/05/2010 09h35 | 993 vues | 0 commentaire

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